Trois années à Matignon : réformes, crises et contestations
Le bilan d'Édouard Philippe comme Premier ministre doit être replacé dans le cadre institutionnel de la Ve République.
Les grandes orientations politiques sont alors définies par le président Emmanuel Macron, tandis que le Premier ministre dirige l'action du gouvernement et supervise leur mise en œuvre.
Il serait donc excessif d'attribuer personnellement à Édouard Philippe toutes les réformes du quinquennat. Mais il en a porté plusieurs devant le Parlement et l'opinion publique.
2017 : la réforme du Code du travail
Quelques mois après son arrivée à Matignon, son gouvernement met en œuvre les ordonnances réformant le Code du travail.
Elles modifient notamment les modalités du dialogue social dans les entreprises, fusionnent plusieurs instances représentatives du personnel au sein du comité social et économique et font évoluer certaines règles relatives aux licenciements.
L'objectif affiché est de simplifier les relations sociales et de donner davantage de souplesse aux entreprises.
Pour leurs défenseurs, ces mesures doivent encourager l'embauche et faciliter les adaptations économiques.
Pour leurs opposants, elles réduisent les protections collectives des salariés.
La réforme constitue l'une des premières grandes traductions législatives du programme économique d'Emmanuel Macron.
2019 : la loi PACTE et la transformation des entreprises
En 2019, le gouvernement porte la loi PACTE, consacrée à la croissance et à la transformation des entreprises.
Le texte comporte de nombreuses mesures concernant la création d'entreprise, leur financement, l'épargne salariale et l'évolution de leur fonctionnement.
Il modifie également le Code civil afin de préciser que les sociétés doivent prendre en considération les enjeux sociaux et environnementaux de leur activité.
La loi introduit aussi la possibilité pour une entreprise de se doter d'une raison d'être.
Cette réforme illustre l'orientation économique du gouvernement : encourager le développement des entreprises tout en faisant évoluer leur place dans la société.
2018-2019 : les Gilets jaunes, une crise sociale majeure
À partir de novembre 2018, le mouvement des Gilets jaunes provoque une crise politique et sociale d'une ampleur considérable.
Né notamment de la contestation de la hausse des taxes sur les carburants, le mouvement exprime rapidement des revendications plus larges sur le pouvoir d'achat, les inégalités et la représentation démocratique.
Édouard Philippe se retrouve en première ligne pour défendre les décisions gouvernementales, annoncer des ajustements et gérer les conséquences des manifestations.
Le gouvernement finit notamment par renoncer à la hausse prévue de la fiscalité sur les carburants.
Cette crise révèle les difficultés rencontrées par l'exécutif pour faire accepter certaines réformes.
Elle marque durablement le premier quinquennat d'Emmanuel Macron.
2019-2020 : la réforme des retraites
Le gouvernement engage également une transformation du système de retraites, avec le projet d'un régime universel par points.
Le texte provoque une mobilisation importante, notamment dans les transports publics.
Édouard Philippe devient l'un des principaux défenseurs de cette réforme.
Le projet est finalement interrompu dans le contexte de la pandémie de Covid-19.
Il ne faut donc pas confondre cette tentative de réforme avec celle qui sera adoptée en 2023, après son départ de Matignon.
2020 : la gestion de la pandémie
En mars 2020, la France entre dans une crise sanitaire sans précédent récent.
Le gouvernement décide le premier confinement national, à compter du 17 mars.
Édouard Philippe intervient régulièrement pour expliquer les restrictions, les mesures sanitaires et les étapes du déconfinement.
Son rôle devient particulièrement visible lors des conférences de presse gouvernementales.
La gestion de cette période doit toutefois être appréciée dans toute sa complexité : protection sanitaire, conséquences économiques, libertés publiques, disponibilité des équipements et incertitudes scientifiques.
Le Premier ministre est l'un des principaux responsables de ces arbitrages, sans en être l'unique décideur.
Que reste-t-il de son bilan ?
Contrairement à un responsable politique ayant principalement exercé dans l'opposition, Édouard Philippe possède un bilan gouvernemental directement observable.
Les ordonnances sur le travail et la loi PACTE ont effectivement été adoptées.
Son gouvernement a également dû affronter les Gilets jaunes, une forte contestation sur les retraites et le début de la pandémie.
Ces événements ont contribué à construire son image nationale, mais ils constituent aussi des points de débat sur son action.
Son principal atout politique est l'expérience du pouvoir. Sa principale difficulté est que cette expérience l'associe directement à des décisions parfois contestées du premier quinquennat Macron.