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« Sans le CNC, on n’aurait pas pu faire le film » :
le producteur de Jupiter raconte les difficultés de financement

Bande-annonce et interview 

 

Nicolas Dumont, producteur du film "Jupiter", à l'avant-première de Lille le 23 septembre 2026.

À l’occasion de l’avant-première de Jupiter, LABANANE a assisté à une rencontre avec l’équipe du film. Interrogé sur les difficultés à financer une œuvre qui désigne explicitement la Russie et l’Ukraine, le producteur Nicolas Dumont a livré une réponse particulièrement éclairante sur les coulisses du cinéma français — et sur le rôle déterminant du CNC.

Un témoignage d’autant plus intéressant que Jupiter, réalisé par Alexandre Smia et porté notamment par Denis Ménochet, André Dussollier et Reda Kateb, est un projet ambitieux qui aborde de manière frontale des enjeux géopolitiques très contemporains.

« Je vais être très clair : oui »

La question posée à Nicolas Dumont était simple : le caractère très contemporain de Jupiter, et notamment le choix de désigner clairement la Russie, a-t-il suscité des réticences au moment de financer le film ?

Sa réponse l’est tout autant :

« Je vais être très clair : oui. »

Le producteur poursuit en expliquant que le premier soutien obtenu par le projet est venu du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), par l’intermédiaire de l’avance sur recettes.

« On a des outils hyper utiles en France. Le premier guichet qui nous a soutenus, c’est le CNC à travers l’avance sur recettes. Donc c’est un signal. Sans le CNC, sans l’avance sur recettes, on n’aurait pas pu faire le film. »

L’avance sur recettes est précisément conçue pour soutenir la création cinématographique. Créé en 1960, ce dispositif est une aide sélective : les projets sont examinés par des commissions composées de professionnels avant décision d’attribution.

« Ne pas appeler la Russie Russie et l’Ukraine Ukraine »

Nicolas Dumont explique ensuite que le CNC n’a pas été le seul à accompagner le projet :

« Le CNC a été là, le service public a été là également, et on a un distributeur qui s’appelle SND qui a été là. »

SND — Société Nouvelle de Distribution — est le distributeur français de Jupiter. Le film bénéficie également de la participation du service public audiovisuel, avec notamment France 2 Cinéma parmi les partenaires du projet.

Mais tous les interlocuteurs sollicités n’ont pas accueilli le projet de la même manière.

« On a eu des intervenants qui nous ont demandé de ne pas appeler la Russie “Russie” et l’Ukraine “Ukraine”. Voilà. Donc ça a été compliqué. »

Une déclaration importante : Nicolas Dumont ne précise pas quels étaient ces intervenants. Il s’agit donc ici de son témoignage sur les discussions rencontrées pendant le montage du projet, et non d’une affirmation permettant d’attribuer cette demande à un financeur particulier.

Un scénario et des acteurs pour rassurer les partenaires

Pour parvenir à monter Jupiter, Nicolas Dumont souligne également deux atouts : la qualité du scénario et la présence de comédiens établis.

Et le film dispose effectivement d’un casting particulièrement solide. Denis Ménochet incarne le président Paul Archambault, entouré notamment d’André Dussollier, Reda Kateb, Dominique Blanc, Ella Rumpf, Frédéric Pierrot, Céline Sallette, Cédric Kahn, Jérémy Lopez et Clotilde Courau.

Nicolas Dumont rappelle également que sa structure de production possède déjà une certaine assise, citant notamment L’Amour ouf parmi les films qu’elle a produits.

« On a la chance d’être une structure de production où on fait des films comme L’Amour ouf ou d’autres films, des films forts. Donc on a une assise. Mais il a vraiment fallu qu’il y ait une qualité de texte d’Alexandre et des comédiens établis qui soient derrière nous pour que… oui, ça n’a pas été de tout repos. »

Son témoignage permet ainsi d’entrevoir la mécanique complexe qui précède le tournage d’un film : un scénario, un producteur, des acteurs reconnus, un distributeur, des diffuseurs et différents dispositifs de soutien doivent parvenir à se réunir autour d’un même projet.

Mais au fait, qui finance le CNC ?

La déclaration de Nicolas Dumont soulève une autre question.

Si le CNC contribue au financement de films comme Jupiter, d’où vient l’argent du CNC ?

C’est là que le modèle français devient particulièrement intéressant : le fonds de soutien du CNC repose principalement sur des taxes affectées à l’établissement et assises sur l’économie du cinéma et de l’audiovisuel.

Le principe est celui d’une redistribution : les activités qui bénéficient de la diffusion des œuvres contribuent à leur tour au financement de la création. Le CNC parle lui-même d’un mécanisme de « redistribution et de mutualisation » au sein du secteur.

Une partie de votre billet de cinéma

Le mécanisme le plus facile à comprendre se trouve directement sur votre billet de cinéma.

Chaque fois qu’un spectateur achète une place en France, une partie du prix alimente le fonds de soutien.

La taxe sur les entrées en salles de spectacles cinématographiques (TSA) correspond à 10,72 % du prix du billet dans le cas général.

Ainsi, pour une place vendue 10 €, environ 1,07 € correspond à cette taxe.

Cela signifie qu’en allant voir un film au cinéma, le spectateur contribue indirectement au financement de la création cinématographique de demain.

Mais les salles ne constituent qu’une partie du système.

Télévision, plateformes, VOD…

Les services de télévision participent également au financement du CNC à travers la taxe sur les services de télévision.

La vidéo et les services de vidéo à la demande sont eux aussi concernés par le système de taxation affectée au CNC. Celui-ci s’est progressivement adapté à l’évolution des usages et à l'arrivée des nouveaux acteurs numériques.

Autrement dit, l’écosystème qui contribue au financement de la création ne se limite plus au traditionnel billet de cinéma.

Il concerne notamment :

🎟️ les entrées dans les salles de cinéma

📺 les acteurs de la télévision

📱 la vidéo et les services de VOD et de streaming

🎬 différentes activités de production et de distribution

Les producteurs et distributeurs cinématographiques participent également au mécanisme par l’intermédiaire d’une cotisation professionnelle de 0,58 % sur certaines recettes concernées.

L’argent de l’image retourne vers l’image

Le principe peut donc être résumé simplement :

LE PUBLIC ET LES DIFFUSEURS

↓

🎟️ Cinéma • 📺 Télévision • 📱 Vidéo et plateformes

↓

TAXES AFFECTÉES AU CNC

↓

CNC

↓

🎬 Aides automatiques et sélectives

↓

DE NOUVELLES ŒUVRES

Le système est évidemment beaucoup plus complexe dans son fonctionnement détaillé, mais son principe est remarquable : une partie de la valeur générée par la diffusion des œuvres est réinjectée dans le financement de la création.

Le succès d’aujourd’hui peut ainsi contribuer, indirectement, à faire émerger le film de demain.

Jupiter, un exemple très concret

C’est ce qui donne une portée particulière à la déclaration de Nicolas Dumont.

Lorsqu’il affirme que Jupiter n’aurait pas pu se faire sans l’avance sur recettes, son témoignage illustre très concrètement l’une des fonctions du modèle français : permettre à des projets sélectionnés de bénéficier d’un soutien qui peut contribuer à rendre leur financement possible.

Cela ne signifie évidemment pas que le CNC finance seul les films qu’il accompagne.

Dans le cas de Jupiter, le témoignage de son producteur montre au contraire la nécessité de réunir plusieurs partenaires : le CNC, le service public, le distributeur SND, une société de production disposant déjà d’une certaine assise, un scénario suffisamment fort et un casting composé de comédiens reconnus.

Mais dans la chronologie racontée par Nicolas Dumont, le CNC intervient en premier.

Et le producteur résume lui-même l’importance de ce soutien en une phrase :

« Sans le CNC, sans l’avance sur recettes, on n’aurait pas pu faire le film. »

Une déclaration qui, au-delà du seul cas de Jupiter, permet de comprendre très concrètement pourquoi le financement du cinéma français ne repose pas uniquement sur les recettes attendues au box-office.

Jupiter, réalisé par Alexandre Smia, avec Denis Ménochet, André Dussollier, Reda Kateb et Ella Rumpf, sortira au cinéma le 18 novembre 2026.

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